Hangars détruits : Esprit de Saint Michel, es-tu encore là ??

La semaine dernière, j’ai décidé de rentrer à pied et me suis baladée dans le quartier Saint Michel le nez au vent.

J’avoue avoir pris une claque. Mon attachement à ce quartier est viscéral, j’y ai flâné aux puces en trainant des pieds quand j’étais enfant avec mon père, j’y ai vécu quand j’avais 20 ans, j’y ai écumé le marché, fréquenté les cantines espagnoles et portugaises, acheté mes meubles, mon plat à tajine et ma menthe fraîche. Nous sortions chez Antoine rue de la Fusterie et finissions nos soirées aux Capucins avec les travailleurs du matin et les lève tôt.

J’ai vu le quartier se transformer certes mais je l’ai cru invulnérable et imperméable à une gentrification outrancière. Je suis au regret de constater que je me suis trompée. Chacun a son vécu avec ce quartier longtemps jugé populaire mais au vu du prix du mètre carré qui peut s’offrir un appart à Saint Mich ? Le changement était insidieux bien avant la boutique de déco chic dont on a beaucoup parlé. En effet d’autres marqueurs de ce changements (par de bienveillants bourgeois bohèmes qui veulent boire du vin bio accompagné d’une planche à fromage en ardoise) était en route. Et ironie du nom et du sort, la seule Yvonne que je connaissais dans ce quartier a dû le quitter faute de moyens.

Je regarde avec regret ces hangars, quartiers généraux de la chine, détruits. Au profit d’apparts de luxe. Mais quel gâchis. J’ai un peu honte. Pour sauver Saint Michel il faut l’aimer et le comprendre. Saint Michel c’est un beau quartier avec de beaux hôtels particuliers et parfois encore du linge aux fenêtres à côté d’une maison directoire. Saint Michel c’est encore un peu de relief dans une ville qui se lisse, des gens qui parlent un peu fort, des gamins qui jouent au foot sur le bitume au milieu des glaneurs et des glandeurs.

Après Saint Pierre, ex quartier populaire devenu quartier commerçant on nous prive de notre dernier joli quartier populaire, à l’image de ces pavés aplanis.

C’est une grossière erreur de calcul, c’est à cause d’aberrations de cette sorte que ceux qui le peuvent vont chercher l’authenticité au bout du monde, loin des franchisés. Alors quand on a la chance d’avoir une telle évidence au coin de sa rue, on la regarde, on réfléchit à sa sociologie,  on en prend soin et on la protège au lieu de le détruire. A grande Vitesse !

Guillemette Bardinet
Share
This